20 décembre 2016
Pasteur Gérald Fruhinsholz


claude-duvernoy« A mes frères chrétiens, mon nom importe peu. A l’heure de ma mort… qui parmi vous se souvient de moi ? Il n’est pas d’usage dans l’Eglise, de se souvenir et d’aimer, ceux qui aiment Sion et les siens… [testament spirituel de Claude Duvernoy]

Claude Duvernoy, pasteur réformé et citoyen israélien, vivant à Jérusalem depuis 1962, s’en est allé et a été enterré ce 19 décembre 2016, au cimetière de Emek Rephaïm, à Jérusalem. Étaient présents, outre sa famille et ses amis proches – chrétiens et juifs : Zvi Tal, ministre plénipotentiaire israélien, le rav Alain Michel ayant notamment édité « Maudit Sioniste », et Jan Willem van der Hoeven, co-fondateur de l’Ambassade Chrétienne Internationale de Jérusalem (ICEJ).

Claude Duvernoy a incarné le chrétien « veillant sur les murailles de Jérusalem », selon la Parole. Par ses nombreux ouvrages comme « le Prince et le Prophète » ou « le Sionisme de Dieu », et par sa plume tranchante de vérité, Claude a été le porte-parole français de la pensée prophétique concernant Israël et la Parousie. Son nom en hébreu Dover-noy peut d’ailleurs se traduire « porte-parole prophète ». Ci-dessous notre texte écrit en sa mémoire.

Claude Duvernoy : un témoin de l’Histoire

le-prince-et-le-propheteClaude Duvernoy s’en est allé, Il a rejoint la cohorte des témoins célestes, des prophètes méconnus ou ignorés. Car le pasteur Duvernoy n’est pas un chrétien comme les autres : portant le lourd héritage des Protestants huguenots qui avaient un amour pour Sion et qui étaient persécutés pour leur foi, il a nagé à contre-courant d’une Chrétienté ignorante de l’Histoire divine.

Claude Duvernoy s’insère dans la lignée des prophètes fustigés de leur temps, tels Jérémie, Joël, Amos… et Moïse dont il a fait un chef-d’œuvre littéraire (lauréat de l’Académie française). Son amour pour Sion est tellement visible par la longue liste de ses ouvrages écrits en faveur de cet Israël qu’il a adopté, et qui l’adopta comme un des siens, avec Marianne, son épouse juive venue de Strasbourg.
 
Claude Duvernoy est né à Nancy en 1929. Théologien protestant, spécialiste de la prophétie biblique et historien, il acquit la nationalité israélienne, et vécut à Jérusalem depuis 1962. Héritier spirituel de Jules Isaac (fondateur des Amitiés Judéo-chrétienne) et André Neher, il fonda avec Adolphe Hunziker de Suisse, « Action Chrétienne pour Israël », avec un fonds de secours en faveur des multiples familles dans le besoin en Israël, notamment après la guerre de Kippour. Il fut d’autre part à plusieurs reprises chargé de mission par le Ministère des Affaires étrangères d’Israël dans une vingtaine de pays d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Nord comme un ambassadeur d’Israël.
 
J’ai rencontré Claude Duvernoy à Gagnières (30) dans les années 90, lors de vacances dans ce lieu de conférences dans le sud de la France. Et Claude a été pour moi, notamment avec son livre « Le prince et le Prophète », un modèle de chrétien sioniste ! Il m’a donné le goût de l’Histoire, celle de Théodore Herzl, du pasteur William Hechler, du général Allenby... – c’est l’Histoire que Dieu met en œuvre pour Ses propres desseins. Il m’a montré l’urgence des temps, la connaissance des jubilés, et l’amour de Jérusalem, lui qui avait vu de ses yeux la « muraille de feu » entourant la ville de David durant la guerre des Six jours, selon la parole du prophète Zacharie.

André Chouraqui a préfacé « Le prince et le Prophète » – Il disait de Claude :
« Claude Duvernoy est un témoin : l’histoire qu’il raconte, l’exhumation qu’il fait du passé, est aussi préfiguration de l’avenir. Son livre est celui d’un homme qui a opté pour Jérusalem où il vit face aux Monts de Moab. Son oeuvre prouve que, dans l’esprit de Hechler, il est encore des « hommes-frontières » – des bâtisseurs de ponts appliqués – dans la perfection du désir – à rapprocher les lointains, ce qui est dans l’esprit des Rabbis d’Israël, la seule manière réelle de hâter la venue du Royaume et l’heure de la paix »
 
Claude a enfin rencontré le Messie, Celui dont il espérait tant la venue, devant établir le Royaume sur terre et amener la Parousie. Claude aura des questions à Lui poser, soyons-en sûr : comme tous les prophètes, Claude a tutoyé le Rédempteur d’Israël, s’impatientant de Sa venue qui tardait. Claude Lui demandera des comptes, l’interpellant avec audace ; mais comme Job qui tenait tête au Créateur, il devra se soumettre et se taire devant l’Ineffable : « Celui qui dispute contre le Tout-Puissant est-il convaincu, dit l’Eternel ? Celui qui conteste avec Dieu a-t-il une réplique à faire ? Job répondit à l’Eternel : Voici, je suis trop peu de choses, que te répliquerai-je ? Je mets la main sur ma bouche. J’ai parlé une fois, je ne répondrai plus ; deux fois, je n’ajouterai rien » (Job 39 :34).
 
Si comme Herzl et Hechler, Claude n’aura pas vu de son vivant le pays promis, en l’occurrence la venue du Mashia’h, il peut à présent Le contempler, dans la paix et la joie de l’ultime rencontre.

Nous bénissons la mémoire du pasteur Claude Duvernoy, et sommes de tout cœur avec
 Marianne son épouse, et sa famille.
 
19 déc 2016/ 19 kislev 5777 -GF

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Testament spirituel du pasteur Claude Duvernoy
 
Kibboutz Nezer-Sereni (juin 1962-déc 1964)
 

croix-huguenoteA mes frères chrétiens,

Mon nom importe peu. A l’heure de ma mort, qui parmi vous se souvient de moi ? Il n’est pas d’usage dans l’Eglise, de se souvenir et d’aimer, ceux qui aiment Sion et les siens…

J’ai fréquenté les Princes, et j’ai trouvé leur compagnie amère. Mais il fallait bien ouvrir quelques portes vers la Jérusalem nouvelle…

Vous avez oublié Israël votre frère aîné, et vous ne vous êtes pas réjouis de son retour vers la maison du Père. Nous avons, nous aussi, oublié Jérusalem et tout ce qu’elle représente : notre espérance a tari, c’est pourquoi nous mettons notre espoir dans des puissances de mensonge et de mort.

Essayez de ne pas abandonner Israël lorsqu’il sera seul, entouré par l’ennemi, peinant sur son Désert, submergé par l’écrasant devoir d’accueillir ses enfants des quatre coins de l’horizon… Souvenez-vous que les Païens, autrefois à Babylone, firent des présents aux Juifs retournant à Sion… Tâchez d’être d’aussi bons chrétiens pour Israël que ces païens-là…

Que ce ne soit pas seulement les noms de la Bible, et quelques ruines, qui vous émeuvent là-bas, quelques lieux saints décevants et trompeurs… Ne laissez pas Israël seul aplanir les sentiers du Seigneur !

Théologiens de l’Eglise, mes collègues, assez longtemps vous avez scruté les textes, assez longtemps vous avez autopsié les Prophètes et traité leurs paroles de Vie comme vous l’avez voulu…

Comme si elle était une parole d’histoire profane, comme si elle n’appartenait pas toujours à Israël d’abord ! Il est temps pour vous de réclamer la paix de Jérusalem, pour le bonheur et la réconciliation de tous les enfants d’Abraham. Et si les pionniers d’Israël ne réalisent pas que le Saint Esprit les rassemble et les protège – c’est à vous de le leur dire, au lieu de vainement chercher à les faire entrer sous vos clochers qui ne sont pas le Christ, au lieu de les introduire et de les emprisonner dans vos dogmatiques, dans vos traditions, qui ne sont pas les paroles du Christ.

Vous êtes, et nous sommes, semblables à Ezéchiel qu’environnaient les ossements desséchés de l’Israël des tombeaux des Nations. D’où viendra-t-il donc ce souffle de leur rétablissement messianique ?

Et qui annonce-t-il alors ?…

tiré du livre « Le Prince et le Prophète »




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