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Jonas et le retournement

« Encore quarante jours, et Ninive est renversée ! » (Jonas 3,4). Voilà les mots que Jonas a prononcés trois jours durant en traversant la ville de Ninive – cinq mots en hébreu. Jonas ne mentionne ni le péché de Ninive, ni ne prêche la repentance, ni n’évoque pas le nom de l’Éternel. Jonas a dit le strict minimum. Mais Dieu a produit, par cette parole courte, un résultat immense.

Le verbe הפך – hafakh, traduit par « renverser », est intéressant. Il peut désigner la destruction comme pour Sodome et Gomorrhe. Mais il peut aussi signifier retourner, transformer. La parole possède donc une profondeur prophétique : Ninive sera renversée par le jugement, ou bien Ninive sera retournée intérieurement par la repentance. Ninive ne sera finalement pas détruite parce qu’elle aura effectivement été « retournée ». Les 40 jours représentent un délai de grâce.

Un retournement spectaculaire

« Les gens de Ninive crurent en Dieu… » (Jonas 3,5). C’est un retournement spectaculaire, à la manière de Dieu ! Le premier surpris sera Jonas lui-même. Il savait que « Dieu est un Dieu compatissant, lent à la colère et riche en bonté » (4,2), mais il y a des choses que l’on sait concernant Dieu, mais qu’on a du mal quelquefois à croire. En voyant Jonas, on ne peut pas dire qu’il saute de joie … 5 mots hébreux ont suffi à faire plier un roi et une ville entière, et ces « païens » reconnaissent le Dieu d’Israël ! Il est difficile pour Jonas de reconnaître que la justice et la miséricorde divines s’adressent à tous et même à « des ennemis ».

Les gens de Ninive crurent en Dieu. L’expression hébraïque est forte – le verbe est de la même racine que émounah, la foi, la confiance, la fidélité. Les Ninivites ne se contentent pas de craindre le jugement : ils prennent au sérieux la parole reçue comme venant de Dieu. Le contraste avec Jonas est saisissant. Le prophète connaît l’Éternel, entend directement Sa parole et Lui résiste ; les Ninivites ne reçoivent qu’une phrase prononcée par un étranger, et ils se tournent immédiatement vers Dieu.

Même si Jonas n’a pas connu Esaïe disant qu’Israël sera « une lumière des nations », le prophète connaissait la vocation d’Israël : « Toutes les familles de la terre seront bénies en toi » (Genèse 12,3, 22 :18), selon les paroles de Dieu à Abraham. Jonas connaissait cette vocation, mais il lui résistait. En tant que prophète d’Israël, Jonas connaissait la promesse faite à Abraham et la vocation sacerdotale d’Israël. Son problème était plutôt d’accepter que cette vocation s’applique également à une nation ennemie et violente.

Un peuple ‘Hamas

Jonas peut probablement concevoir qu’Israël éclaire des peuples bien disposés, mais beaucoup plus difficilement qu’il devienne l’instrument du salut de Ninive. C’est précisément l’ironie du livre : Jonas accomplit malgré lui la vocation d’Israël. Par lui, les marins païens découvrent la crainte de l’Éternel, les Ninivites entendent la parole de Dieu, une ville étrangère se détourne de sa violence = ‘Hamas. Là, on ne peut ignorer le lien qu’on peut faire avec le ‘Hamas de Gaza (=Mouvement de résistance islamique), et avec tous ceux qui menacent et terrorisent le monde par leur violence – ‘Hamas.

Soyons « retournés » !

À nous également d’être « retournés » ! Il est facile de s’installer dans un confort moral et spirituel. Comme Jonas, Dieu nous pousse à sortir de nos ornières, à renoncer à nos certitudes et à croire véritablement au Dieu de l’impossible. Savoir n’est pas croire ; la connaissance intellectuelle ne peut nous sauver. La Parole doit descendre dans le cœur et transformer nos vies : « La parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Deutéronome 30.11-14). Moïse l’avait annoncé : « L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur […] afin que tu aimes l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme » (Deutéronome 30.6).

Le message de Jonas nous interpelle : attendons-nous à de grandes choses dans ces temps où le monde sombre dans l’incrédulité, l’immoralité et la violence. Non seulement Dieu peut utiliser une « baleine » pour Ses plans, ou ordonner à un ver de détruire le ricin de Jonas, mais Il peut « retourner » le cœur de beaucoup.

Attendons-nous à la miséricorde du Dieu de Jacob… La pluie à Jérusalem au premier shabbat du mois de Ellul est un bon signe, et les Fêtes de Tishri approchent. Discernons la voix du Shofar.