Yeru’ham, une ville sortie du désert

Yeru’ham, une ville sortie du désert

Grâce à l’association Hashorashim et ses tyoulim ayant comme but « d’aller à la rencontre de ceux qui font Israël », nous avons pu faire la connaissance de Raphi à Yéru’ham, une ville en plein centre du Neguev, au sud de Beer-Sheva, entre Sde Boker et Dimona. C’était dans les années 50, l’Agence juive voulait créer des villes dans le désert, à la fois pour peupler le pays et pour établir des points de peuplements afin de contrer les « infiltrés et bandits de la Bande de Gaza vers la Jordanie », comme le soulignait un membre de l’Agence, les « infiltrés » étant les Bédouins du Néguev. Mais surtout, cette ville correspondait au vœu du Premier Ministre Ben Gourion qui voyait le Neguev comme l’avenir d’Israël – il déclarait en 1949: « Nous avons conquis des territoires, mais ils n’ont pas, sans implantations, de valeur décisive ; telle est la conquête véritable ! L’avenir de l’Etat dépend de l’immigration ».
 
Ecoutons à présent Raphi, un des fondateurs de Yeru’ham, l’œil pétillant de malice malgré son grand âge – il évoque l’Agence juive : « Ils sont venus au Maroc nous chercher ma famille et moi qui avait 15 ans, nous promettant que nous aurions tout en Israël !
– Ok les amis, mais ce sera bien au bord de la mer ?
– Bien sûr, quand vous ouvrirez la fenêtre le matin, vous aurez la mer devant vous ! Les trois hommes n’avaient pas précisé qu’il s’agissait d’une mer… de sable !
– Dans ce cas, je veux bien faire l’aliyah avec ma famille.
Arrivés en pleine nuit dans des camions numérotés, sur place, des Roumains leur ont vivement déconseillé de ne pas débarquer (par la suite sont venus des Perses, des Russes, des Indiens…). Ne comprenant rien à leur langue, Raphi et sa famille se sont installés dans des baraquements… sans électricité et eau courante. Ils étaient au milieu de nulle part, en plein désert.
– Quel désenchantement, dit Raphi. Nous avons pleuré trois jours.
– Une fois, ils nous ont amené des poules – « on vous donne 6 poules par famille pour que vous puissiez avoir des poussins et manger des œufs », nous dirent-ils. Mais quelques semaines plus tard, nous les avions toutes mangées. Il n’en restait plus qu’une ! ».
 
Au bout de son récit passionnant, Raphi nous donna son impression sur les trois hommes qui étaient venus les chercher au Maroc, où ils vivaient plutôt bien comme commerçants.
– Au début, si ces hommes étaient revenus nous voir, on les aurait tués et enterrés dans le sable ! Aujourd’hui, dit-il, je les considère comme des malakhim, des anges !
– Aujourd’hui, j’ai toute ma famille en Israël, enfants et petits-enfants, et je ne quitterai Yeru’ham pour rien au monde. Avec ma voiture, je peux aller à la mer, à Eylat ou Ashkelon, c’est pas un problème.
 
La création d’Israël est unique dans l’Histoire des hommes. Alors que les prophètes antiques prédisaient le retour des Juifs dans leur terre, ce n’est que 2000 ans après, durant lesquels aucun empire n’eut l’idée de s’y établir (et de faire de Jérusalem sa capitale !), que les Juifs commencèrent à affluer, telles des colombes retrouvant le chemin du colombier (Esaïe 60 :8).
Dès le début du 20e siècle, des Juifs de toutes origines vinrent s’établir, des intellectuels durent retrousser leurs manches pour faire fructifier la terre, et beaucoup sont morts de la malaria ; sans compter les razzias arabes auxquelles ces pionniers durent faire face.
Dans le désert du Neguev, l’histoire de Raphi nous montre combien il est difficile de faire sortir une ville du sable… mais tout est possible avec l’aide de Dieu.
 
C’est vrai, le miracle d’Israël est un vrai miracle, les prophètes l’ont prédit il y a plus de 2500 ans : « Dans les temps à venir, Jacob prendra racine, Israël poussera des fleurs et des rejetons, et il remplira le monde de ses fruits » (Esaïe 27 :6), mais cela ne diminue en rien le courage incroyable des pionniers juifs venus de toutes les parties du monde ; ceux-ci, comme Raphi, méritent un grand respect.
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