27 janvier 2014
Pasteur Gérald Fruhinsholz


Peinture de David Olère, rescapé des Sonderkommandos, mort en 1985

Le 27 janvier est le jour anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz par l’armée soviétique. Pourquoi perpétuer la mémoire de ce génocide qu’aucun mot ne peut qualifier, si ce n’est le mot de Shoah = anéantissement ?… C’est la Knesset, le 12 avril 1951, qui choisit le mot Shoah pour désigner « la Solution finale » prônant la destruction totale des Juifs d’Europe.

Les « négationnistes » de tous bords n’ont qu’a bien se tenir, il reste encore des témoins ! Des témoins de l’horreur absolue, un enfer sur terre pour des millions de personnes, que ce soient des enfants, des femmes enceintes, ou des vieillards, dans des centaines de camps de la mort tels Auschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen, Sobibor, Belzec, Treblinka, Dachau, Majdenek, etc…

Aujourd’hui, 70 ans après la tuerie planifiée de tout un peuple, événement sans précédant dans l’Histoire humaine, survivent des rescapés – l’âge moyen est de 85 ans, et en Israël, ils sont 193 000. Or ces témoins disparaissent, au rythme de plus d’un millier chaque mois.

 

Loin de nous d’occulter ou de relativiser les autres génocides : ceux de l’Arménie (1 500 000 victimes), du Rwanda, du Cambodge (2 000 000) et d’autres. Loin de nous de ne pas mentionner la souffrance des Tziganes, des handicapés, ou des homosexuels, et de tous les autres qui se sont trouvés pris dans la nasse durant la guerre. Cependant, nous devons comprendre le particularisme de la Shoah, cette volonté d’exterminer « comme des cafards » tout un peuple, sans aucune raison militaire, stratégique ou politique. Simplement la raison que cet enfant, cette femme, ce vieillard… est juif. Peu importe s’il est pratiquant, il est juif, cela suffit. Et de rechercher systématiquement dans la généalogie pour déterminer la « tare », pour expurger l’humanité de cette « race », cause de tous les malheurs du monde. Le Juif est alors comme de la mauvaise herbe, et l’arracher fait preuve de salubrité publique.

 

Survivre à Auschwitz

Dessin de Wladyslaw Siwek

Tentons de comprendre comment une jeune fille de 17 ans, telle Suzanne Birnbaum, venue d’un pays comme la France, la Grèce ou la Hollande, choyée dans sa famille, pouvait se retrouver en un instant au milieu de bêtes féroces… l’arrivée à Auschwitz dans la nuit après des jours sans eau ni nourriture, déshabillée sous les coups, tondue…Grâce à Dieu, les témoignages demeurent. Ce lundi 27, jour anniversaire de la Shoah, sur la chaîne ARTE (1), sont passés deux reportages, un sur Auschwitz, l’autre sur les Sonderkommandos (2). Ecoutons les témoignages de ces survivants sur l’horreur absolue, c’est un impératif pour toutes les générations. Comment l’homme peut-il descendre aussi bas dans la bestialité ? …

Lever à 3h30, rester debout des heures dans le froid glacial, travailler « dans les marais » (voir pdf) sans un seul instant de repos jusqu’au soir, avaler une maigre soupe, recevoir des coups sur la tête sans jamais protester… les cris, les chiens, les kappos avides de sang, l’absence totale d’hygiène, la dysenterie, et la mort présente à tout moment, l’inquiétude permanente pour sa famille, le froid glacial et les nuits sans sommeil, à quatre avec trois couvertures dans un même grabat, puis le réveil dans la nuit à nouveau, la terreur qu’avaient dissipé les rêves d’un passé désormais révolu pour toujours…

Combien de jours pouvait-on survivre à cet enfer ?…

L’on estime qu’à Auschwitz-Birkenau, « l’usine à mort », furent assassinés plus de 2,5 millions de personnes.

 

Antisionisme = Antisémitisme

Nous n’avons pas le droit d’oublier la Shoah. Si le peuple juif est le peuple de la mémoire, il est aussi la conscience des peuples ; l’homme a toujours l’envie furieuse de se débarrasser de sa conscience… qui le culpabilise tant. Aujourd’hui, l’hydre de l’antisémitisme a relevé la tête, et l’on crie encore en Europe : « Morts aux Juifs ! ». Sachons que si le peuple juif est devenu le « bouc émissaire » de l’humanité, c’est qu’il est par essence le peuple de Dieu. L’antisémitisme vient finalement du désir de l’homme de tuer le « témoin de Dieu » ! – « Voici, je l’ai établi comme témoin auprès des peuples » (Esaïe 55:4). L’esprit « caïnite » est inscrit dans l’ADN de l’homme, Caïn est le premier meurtrier de l’Histoire.

La Marche des vivants à Auschwitz

Oublier ou dénigrer la Shoah est à mettre en parallèle avec la haine actuelle d’Israël, en tant que nation. Comme l’a souligné le pasteur Martin Luther King : « …Tu déclares, mon ami, que tu ne hais pas les Juifs, que tu es seulement antisioniste. A cela je dis, que la vérité sonne du sommet de la haute montagne, que ses échos résonnent dans les vallées vertes de la terre de Dieu : quand des gens critiquent le sionisme, ils pensent Juifs, et ceci est la vérité même de Dieu. L’antisémitisme, la haine envers le peuple juif, a été et reste une  tache sur l’âme de l’humanité ».

En méprisant Israël, c’est D.ieu que l’on méprise – la Bible le dit ; alors faisons nôtre la prière du psalmiste : « Eternel, défends ta cause ! »

« Souviens-toi que l’ennemi outrage l’Eternel, et qu’un peuple insensé méprise ton nom ! Ne livre pas aux bêtes l’âme de ta tourterelle, n’oublie pas à toujours la vie de tes malheureux ! Aie égard à l’alliance ! … Lève-toi, ô Dieu ! défends ta cause ! » – Ps 74 : 18, 22.

 

(1) Avec le témoignage de Suzanne Birnbaum, Robert Levy, Robert Waitz, et Mark Klein pour le premier document.

(2) Les Sonderkommandos (unités spéciales) étaient des groupes de travail dans les camps d’extermination, composés de prisonniers, juifs en majorité, forcés de vider les chambres à gaz, arracher les dents en or, couper les cheveux des morts et d’incinérer les cadavres dans les fours crématoires. Ces hommes étaient tous destinés à mourir exécutés.

Il faut entendre le témoignage d’un survivant des Sonderkommandos, Chlomo Venezio (mort en oct 2012). Le 26 janvier 2011, il a prononcé un discours bouleversant à l’UNESCO pour la journée commémorative de la Shoah. Son témoignage s’est achevé sur ces phrases : « Je n’ai plus jamais eu une vie normale. Je n’ai jamais pu prétendre que tout allait bien et aller, comme d’autres, danser et m’amuser en toute insouciance… Tout me ramène au camp. Quoi que je fasse, quoi que je voie, mon esprit revient toujours au même endroit. C’est comme si le « travail » que j’avais dû faire là-bas n’était jamais sorti de ma tête… On ne sort jamais vraiment du Crématoire ».



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