Pasteur Gérald Fruhinsholz le 24 janvier 2010 Récemment, au cours d'une soirée organisée à Ratisbonne par le rabbin Alain Michel des Editions Elkana[1], nous avons pu entendre une rescapée de l'Histoire, actrice et témoin d'une histoire tellement douloureuse[2], celle d'Ariela Szenker Palacz.
Ecouter Ariela raconter sa vie, c'est comme voir un film avec des lunettes en 3D, sauf que là c'est du vrai. On a le « héros » ou plutôt l'héroïne en face de soi et c'est à propos d'une époque si proche. Après 60 ans..., Ariela est toujours là avec nous, après tout ce qu'elle a vécu. J'ai pu lui dire avec étonnement : « Vous respirez la vie ! ». Comment peut-on s'en sortir avec un tel vécu, se dit-on ?... Nombre de personnes qu'on appelle « les enfants cachés », ne peuvent pas vivre, tout simplement. Ils ne peuvent aimer, car le passé est trop dur, trop insupportable, trop présent. L'absence des siens disparus, partis en fumée, assassinés si vilement, empêche de dormir et de vivre. L'absence d'une enfance heureuse, normale, peut vider une personnalité de l'intérieur, la tuer même si la personne est en bonne santé. Du jour au lendemain, être arrachée à une enfance adulée, d'un univers riche et cultivé dans lequel l'amour est si présent... L'adoration d'un père, l'attention de tous les instants d'une vraie maman, l'admiration d'un grand frère lui apprenant tant de choses exaltantes... Ma Payèlè, ou Paulette ou Ariela est née de parents polonais. A 6 ans, elle savait lire et écrire, jouait du piano, parlait français et yiddish, et son avenir était prometteur... Mais en une nuit tout bascula, et Ma Payèlè passa directement du paradis à l'enfer. « Je t'aime ma fille, je t'abandonne » En une nuit, Ariela sera « abandonnée » par son cher papa, laissée aux mains de femmes étrangères sans cœur, dans un monde d'extrême violence qu'est l'Assistance Publique, la DDASS de l'époque. Comment gérer une telle non-vie, une non-enfance à l'âge de 8 ans... Pourtant cet « abandon » sauvera Ariela de la mort. Quelques jours après son surgissement en enfer, c'est un autre enfer qui s'ouvrira pour des milliers d'enfants juifs, parqués au Vel'd'Hiv et déportés dans des wagons à bestiaux directement dans les chambres à gaz. 12.000 enfants juifs périront dans les camps de la mort, 12.000 enfants que les nazis n'avaient pas réclamés mais que Vichy « offrait » par pure complaisance. 12.000 enfants aujourd'hui, qu'est-ce que cela aurait donné, lorsque l'on voit les grandes et belles familles en Israël ?... Des dizaines et dizaines de milliers de Juifs - des savants, des docteurs, des prix Nobel, de grands artistes. Voilà de quoi la France des droits de l'homme a privé le monde. Aujourd'hui, Ariela compte une famille de 3 enfants avec 7 petits-enfants. Ariela s'est « multipliée » par dix ! Une seule rescapée miraculée du totalitarisme nazi et du collaborationniste français a enrichi Israël de 10 enfants, tous heureux de vivre dans un pays qui défend sa vie depuis 60 ans mais qui possède les plus grandes et hautes valeurs de la vie. L'amour de la vie
Aujourd'hui, le monde s'étonne que les Israéliens soient venus en si grand nombre à Haïti sauver les gens du tremblement de terre. Avant tout le monde, Israël était présent à Port-au-Prince avec un hôpital de campagne incroyablement perfectionné et cela avant l'engorgement de l'aéroport. Israël, un si petit pays, si lointain... Pourquoi un tel déploiement de sauveteurs, avec un hôpital faisant pâlir de jalousie les médecins américains qui n'avaient pas autant de matériel[3].... Pourquoi ?..., parce que le peuple juif connaît la valeur d'une seule vie ! De nombreuses vies ont été arrachées aux décombres, 200 opérations de sauvetage de vies ont été effectuées, 14 naissances ont eu lieu, 500 à 700 blessés ont été traités et soignés chaque jour... Israël a fait un bon boulot - « Good job, Israel ! »
Dès l'annonce du tremblement de terre, le Premier Ministre, Benjamin Netanyahu, avait ordonné le départ des secouristes israéliens : « Je pense que c'est dans la meilleure tradition du peuple juif ; c'est le véritable pacte de l'Etat d'Israël et du peuple juif. C'est dans la ligne des opérations que nous avons menées au Kenya et en Turquie ; bien que nous soyons un petit pays, nous avons répondu avec un grand cœur. Le fait est, je le sais, que c'est une expression de notre héritage juif et de l'éthique juive d'aide au prochain. ». L'héritage juif, oui, il est là : c'est l'amour de la vie. C'est tout simplement l'amour d'un D.ieu Créateur de la Vie constituant le cœur, l'essence et la foi du peuple juif. C'est une leçon pour le monde entier donneur de leçons et sans mémoire. Pendant cette tragédie en Haïti, où sont les pays arabes riches de leur pétrole préférant financer le soutien de terroristes..., où sont les ONG altermondialistes et autres donneurs de leçons, fustigeant Israël dans des « résolutions » ou des rapports véreux et mensongers..., où est Mme Ashton, premier Ministre de l'Europe, si prompte à condamner Israël dans sa première allocution au Parlement européen ? Comme l'a bien écrit Peggy Shapiro à la fin de son article, alors que tant de personnes s'étaient offusquées de la prétendue « réaction disproportionnée » d'Israël à Gaza en décembre 2008, et quand si peu de médias notent aujourd'hui l'excellent travail des Israéliens à Haïti : « La réaction "disproportionnée" d'Israël est le fruit de la mémoire et de la tradition juives... Dans les décombres et la souffrance d'Haïti, les Israéliens cherchent sans relâche à sauver des vies. C'est cette "réponse disproportionnée" qui cause le plus de rancœur à leurs ennemis, parce qu'elle met en lumière leurs déficiences »[4]. Ariela, symbole d'un peuple qui traverse le temps L'histoire d'Ariela Szenker Palacz n'est pas unique. Beaucoup d'autres Juifs l'ont vécue avec la même intensité, avec au plus profond de leur cœur cette même honte de n'avoir pas « vécu » la Shoah et d'être encore vivant, alors que toute leur famille a été déportée à Auschwitz, assassinés comme des millions des leurs... Beaucoup ne peuvent encore écrire ce qu'ils ont vécu, même s'ils n'ont pas vécu directement la Shoah. En fait, pour ceux-là, comme le dit Ariela, « sitôt la fin de la guerre, la Shoah est entrée en eux ! ». Israël, en tant que peuple ayant vécu les douleurs de l'exil, de l'Inquisition, des Croisades, des pogroms..., est à l'image d'Ariela. Ariela respire la vie, Israël respire la vie ! Alors que le pays est menacé sur toutes ses frontières, Israël est capable d'envoyer un hôpital de campagne dernier-cri dans un pays où il n'a rien à gagner. On demande même à Israël d'envoyer des policiers en Haïti. C'est le comble. Peut-être parce que finalement, Israël force l'admiration par son courage, et ce peuple inspire confiance. Israël incarne l'espérance ; incroyable et paradoxal.
Le passé du peuple juif, long de plus de 3000 ans, se mêle avec le présent et a son aboutissement dans le futur. Yits'haq, c'est Isaac au futur : « Il rira ! ». Isaac est le fils de la promesse divine, une promesse de bonheur pour Israël et l'humanité. Sachons bien ceci : c'est le Messie d'Israël en personne qui viendra au secours de l'humanité quand celle-ci ne saura plus où se tourner. Aujourd'hui, il est bon de voir Ariela rire quand on connaît son histoire. En fait, il est bon de vivre à Jérusalem, même si l'ennemi n'est pas loin des frontières et si le passé a du mal à rimer avec gaieté... mais croyons, c'est en effet une question de foi (mais souvent démontrée), qu'avec le D.ieu d'Isaac et celui d'Ariela, le futur est entre de bonnes mains. [1] « Je t'aime ma fille, je t'abandonne » d'Ariéla PALACZ - Éditions ELKANA (Jérusalem -Paris) - Collection « témoins de notre temps ». 18 euros. [2] Vous pouvez l'écouter sur une vidéo. [3] Lire le savoureux article de La Mena : « L'image non déformée d'Israël » [4] A voir sur l'excellent site de Menahem Macina

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