Pasteur Gérald Fruhinsholz, Le 28 juin 08
Alors que le président Nicolas Sarkozy parlait à l'hôtel King David de Jérusalem, se déroulait près du Mont Herzl, au sommet du magnifique bâtiment de Yad Sarah, une exposition sur « les enfants de Buchenwald », avec la présence de 15 de ses témoins[1]. L’exposition était co-produite par Yad Sarah et l’Association OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) qui aida des centaines d’enfants juifs à reconstruire leur vie au lendemain de la Shoah et retrouver leur identité juive. Judith Hemmendinger faisait partie des organisateurs – elle a dirigé, de 1945 à 1947, la maison d'enfants de Taverny, où une centaine étaient hébergés.
La ministre français de l’environnement Nathalie Kosciusko-Morizet put se libérer pour honorer cette exposition. Etait présent aussi le ministre israélien des Affaires sociales Itzhak Herzog, De même, le maire de Jérusalem Uri Lupolianski, fondateur en 1976 de Yad Sarah[2], la plus grande organisation de volontaires en Israël pour les services de soutien à domicile. Une famille sur deux en Israël a reçu l’aide de Yad Sarah. Cette belle organisation économise au pays plus de 300 millions de dollars par an en frais d’hôpitaux et d’assistance à long terme, et 6000 volontaires y travaillent. Revenus du camp de Buchenwald[3]
11 avril 1945 : Un millier de jeunes juifs âgés de 8 à 24 ans sont libérés du camp de Buchenwald. Parmi eux, des enfants et des adolescents devenus des personnalités : Israël Meïr Lau, le plus jeune prisonnier libéré du camp, devenu Grand-Rabbin d’Israël, Elie Wiesel, grand Prix Nobel, ou Jorge Semprun, élu à l’Académie Goncourt… Parmi ces enfants, 426 garçons originaires des pays d’Europe centrale et orientale sont arrivés en France et ont été pris en charge par l’OSE. Être enfant dans un ghetto, avoir connu les camps de travail forcé et pour certains les marches de la mort depuis Auschwitz-Birkenau, c’est cette part de leur vie chaque fois singulière que 15 anciens de Buchenwald, déportés pour certains à l’âge de quatre ans, ont accepté de partager dans un livre de témoignages « A la vie ! Les enfants de Buchenwald, du shtetl à l'OSE », de Katy Hazan et Eric Ghozlan. « Pour les enfants de Buchenwald, la période de deux mois, avant leur arrivée en France est une parenthèse indéfinissable. Ils sont en vie, ils respirent, ils calment leur faim, ils se refont une santé, ils jouent même, ils attendent, ils espèrent, quoi ? Ils ne le savent pas. Le retour à la vie pour se remettre à penser. Tous : L’espoir fou de retrouver l’un des nôtres sur les listes qui circulaient, un nom auquel se raccrocher. Georges : c’est quoi être libre ? L’impossibilité de se projeter dans l’avenir et surtout l’humiliation, une humiliation qui colle à la peau. Alexandre : L’impression de revenir à la vie, c’est-à-dire de pouvoir se remettre à penser ». Des refuges comme l’ O. S. E. Il y avait plusieurs organisations juives après la guerre qui tentèrent d’aider et de prendre en charge les enfants juifs dont les parents et familles avaient disparu dans la tourmente de la Shoah, assassinées dans les camps nazis. Parmi elles, les EI - Eclaireurs Israélites de France, le Joint américain - une œuvre caritative juive, et l’OSE - l'Œuvre de Secours aux Enfants. Comment les enfants ont-ils survécu ? C’est la question, quand on sait que les enfants étaient directement gazés à l’arrivée à Auschwitz, par exemple. Il faut aussi parler des « expérimentations médicales » abominables fait par de soi-disant médecins utilisant les enfants comme cobayes. Les « enfants de Buchenwald » sont passés des ghettos aux camps de travail et aux camps de concentration et d’extermination allemands. Cinq ans et demi d’internement et de déportation, de travail forcé et d’horreurs quotidiennes leur ont volé leur enfance. A la fin de la guerre, Buchenwald reçut de plus en plus de personnes évacuées d’autres camps dont ce millier d’enfants et adolescents venant de tous les autres camps de Pologne et d’Allemagne. C’est donc à Buchenwald que ces jeunes ont échoués comme des épaves, après avoir échappé d’on ne sait par quel miracle, à toutes sortes de morts. Les déportés se mobilisèrent pour les protéger des mauvais coups et de la pédophilie, et une école clandestine fut même créée pour eux. A la fin de la guerre quand l’issue était proche, les Anglais ont bombardé les usines environnantes, les alertes étaient constantes, mais les gens continuaient à mourir d’épuisement, de faim et de typhus. Le camp de Buchenwald s’est libéré de lui-même le 11 avril 1045, à 15 heures. Pour les enfants, une autre vie allait commencer, avec la recherche terrible et vaine de leurs familles et avec le regroupement de 426 d’entre eux par l’OSE en France, de ceux qui seront alors appelés « les enfants de Buchenwald ». La restauration à Ecouis Le 6 juin 45, l’OSE héberge les 426 jeunes dans le préventorium d’Ecouis, lieu de transit mis à disposition de l’association par le gouvernement français. 48 % des jeunes[4] ont retrouvé un membre de leur famille. Les autres sont seuls au monde. A la fermeture d’Ecouis, 17 d’entre eux ont retrouvé des attaches familiales en France, et 33 ont été placés dans des familles d’accueil. Les autres ont été envoyés à Ambloy, à Moissac et dans d’autres maisons d’enfants. Sur les 426 venus en France, seule une petite quantité est restée et a demandé la nationalité française. Les autres « garçons de Buchenwald » se sont dispersés sur les cinq continents.
Rescapés de l’enfer…[5] Souvenons-nous de ces faits. Plusieurs des « enfants de Buchenwald » ne sont plus, mais ces rescapés de l’enfer ont eu une vie et une histoire. Ils ont réussi à reprendre place au sein de la société, ayant retrouvé leur dignité. Ils sont cette infime minorité d’enfants juifs qui témoignent pour le million et demi d’enfants de famille juive assassinés durant cette période la plus indigne de l’humanité. Ils les portent et nous devons nous souvenir, car D.ieu se souvient. En effet, D.ieu a porté Son peuple dans tous ses malheurs : « Dans toutes leurs détresses, Il a été lui-même dans la détresse, et l’ange qui se tient en Sa présence les a sauvés. Dans Son amour et dans Sa compassion, Il les a libérés, Il les a soutenus et Il les a portés tout au long de leur histoire » - Esaïe 63 :9
[1] Peu après leur libération, des survivants des camps, internés au “Block des enfants 66” de Buchenwald. [2] Du nom de Sarah, la grand-mère d’Uri Lupolianski et de Yad, la main, la mémoire. [3] On peut voir d’autres photos des enfants sur « Child survivors of Buchenwald » [4] Selon le catalogue de l’OSE « Alive, à la vie ! », dont le président est Jean-François Guthman. [5] Image des générations brisées au-dessus du mémorial des enfants juifs assassinés durant la Shoah, à Yad Vashem

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