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Quand les témoins s’en vont… - 19/04/07

 

Pasteur Gérald Fruhinsholz,
Le 19 avril 2007

ImageHier soir avait lieu au Bnei Brit "Robert Gamzon" de Jérusalem,une conférence sur le thème de la Shoah : « La Shoah, c’est notre histoire à tous ». Aborder ce sujet plus de 60 ans après la dernière guerre mondiale est toujours difficile. L’émotion était palpable ce soir-là, et l’on sentait que chacun des participants de la soirée avait son histoire personnelle, lourde, chargée de souvenirs. J’avais l’impression, en tant que chrétien, de m’être introduit dans un monde qui ne m’appartenait pas. Mais combien devons-nous le connaître, combien l’humanité a-t-elle besoin de toucher du doigt cette « Shoah » qui dure dans les esprits et dans la chair de beaucoup encore ! Ceux qui ont expérimenté une amputation physique d’un membre, savent que ce membre, on ne l’oublie, il est comme présent et fait souffrir le corps ! Ceux et celles qui ont n’ont jamais connu leurs grands-parents ou pire leurs parents parce qu’ils ont « disparu » ne peuvent se remettre facilement de cette amputation. D’autant plus les personnes qui l’ont vécu dans leur chair et qui sont revenues dans le monde des vivants. Pour ceux-là, l’histoire s’est arrêtée sans doute, ou si la vie les a rejoint pour certains, chaque nuit doit ramener les cauchemars ne pouvant être gommés. On ne sort pas indemne d’une telle tragédie. J’ai compris ce soir-là qu’il y a des choses qui sont difficilement exprimables d’une part, et incompréhensible pour ceux qui n’ont pas été impliqués personnellement. Chacune des personnes présentes avait connu cet événement, cette tragédie sans nom qu’est la Shoah, au travers de leurs grands-parents ou de leurs parents mêmes ou d’amis proches.


« La Shoah, c’est notre histoire à tous »
[1]

ImageJ’ai compris que l’urgence du moment pour les Juifs de la deuxième génération, nés après les années 40, était de transmettre « leur histoire », raconter la Shoah aux générations futures, les témoins disparaissant de plus en plus vite[2]. Un peuple a besoin de se souvenir et le peuple juif est le peuple par excellence qui se souvient : Deut.25 :17-19 dit : « Souviens-toi !... N’oublie pas ! ». C’est un commandement de l’Eternel : le peuple juif doit se souvenir et perpétuer la mémoire.

Esa 44:21  « Souviens–toi de ces choses, ô Jacob ! O Israël ! car tu es mon serviteur… »

SCHLOMO – Schlomo, le 1er intervenant de la soirée, est né en 48. Il est de la deuxième génération et la Shoah le poursuit. On a dit que « lorsque la  guerre s’est terminée, alors a commencé la Shoah pour les enfants de ceux dont la famille avait traversé l’horreur ». C’est vrai notamment pour les enfants cachés[3], qui n’ont pas connu leurs parents, et pour ceux qui ont perdu des membres de leur famille. Schlomo travaille à Yad Vashem et organise des voyages pour les jeunes en Pologne. L’objectif ? Voir Auschwitz et autres camps de la mort qui sont encore « visitables ». Voir le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau vaut tout ce qu’on peut enseigner sur le sujet de la Shoah. Et Schlomo de nous expliquer que les enfants ne parlent pas pendant la visite, ne parlent pas au retour et restent silencieux plusieurs mois avant de pouvoir raconter. Ils n’ont pas de mots pour expliquer. A sa mère qui veut savoir, son fils de 16 ans lui dit : « Tu ne peux pas comprendre, tu n’étais pas à Auschwitz ! ». Ca se passe entre eux, ceux du groupe, avec Schlomo ; les paroles sortent alors et comme Schlomo explique, son email « explose »…, ils racontent.


ARIELA – Ariela a été arrachée à ses parents à l’âge de 8 ans. Ariela témoigne, autant qu’elle le peut ; à des groupes d’enfants, à des ados, à des soldats, à des handicapés mentaux… et l’écho qu’elle en reçoit est formidablement gratifiant. Le message passe. A un jeune qui lui demande si elle avait repris le piano qui était son instrument quand elle avait 8 ans, elle répond : « Non, je n’ai plus joué du piano de ma vie… ». Le jeune monte alors sur la scène, il y avait là un piano. Il se met devant l’instrument et dit à Ariela : « Je veux jouer pour toi… ». Des larmes coulaient sur ses joues. Le message passe pour les nouvelles générations.


ImageROSELINE – Roseline était enseignante en France et a toujours essayé d’enseigner la Shoah, souvent sans succès, le sujet n’étant que trop brièvement inscrit au programme scolaire. Ayant fait son aliyah, elle a évidemment persisté dans son idée de transmettre le souvenir de la Shoah pour les jeunes Israéliens. Eux particulièrement doivent se souvenir et apprendre de ces années sombres de l’Histoire. C’est leur histoire. Des voyages en Pologne sont organisés dans le programme de l’Education nationale, en classe de Terminale. Mais c’est onéreux, donc pas accessible à tous. Roseline a donc cherché des moyens pour aider ces jeunes israéliens à apprendre afin de mieux grandir et devenir adultes. Elle y parvient avec l’aide d’associations françaises juives, offrant des opportunités de venir en France, comprendre comment là aussi fut vécue la Shoah, et leur faire rencontrer les témoins vivants, victimes de cette barbarie. Pour tous les intervenants, l’urgence est là : chercher tous les moyens de transmettre les témoignages encore vivants de ceux et celles qui ont connu la Shoah. C’est un impératif, une mission. 


« Il fait jour à Jérusalem »
 - être une fille d’Israël !
Ariela Palacz a écrit dans son livre « Il fait jour à Jérusalem »[4] dans lequel elle donne son témoignage : « Je ne savais plus qui j’étais... Je ne sais plus à quel moment je me suis souvenu que j’avais été bercée par des chansons douces que me chantait ma maman, en yiddish, ma belle langue maternelle... Je ne suis pas née Princesse mais j’ai trouvé un Palais, le jour où je suis entrée dans les murs de Jérusalem. J’ai rejoint la terre de mes ancêtres. À travers eux sommeillait en moi ce que je n’ai jamais cessé d’être : une fille d’Israël ! ». Quoi de plus beau, qui renoue avec la promesse des Ecritures, de dire qu’à Jérusalem, la ville de David et celle du Mashia’h, la lumière revient, redonnant une identité à ceux qui l’ont perdue…


Yom hashoah vehagvourah
Il y a pour finir quelque chose à préciser que les Israéliens ont compris à présent : tous celles et ceux qui sont morts durant cette tragédie sans nom sont des héros ! Durant des années après la guerre, jusqu’en 1960, date du procès extraordinaire du bourreau Eichmann, les langues ont pu se délier et les Israéliens ont compris que les six millions de Juifs qui avaient été assassinés n’avaient pas été des brebis menées à l’abattoir, mais que chaque personne avait résisté à sa façon. Beaucoup de Juifs ont eu une résistance exemplaire, nombreux sont ceux qui sont morts les armes à la main, et la plupart qui ne pouvaient se défendre sont morts dignement. Les drapeaux d’Israël qui aujourd’hui flottent sur les vestiges d’Auschwitz sont autant de défis à tous les Haman et Amalek d’hier et d’aujourd’hui. Ils sont là pour dire que le peuple juif survivra toujours à la haine la plus forte soit-elle. C’est pourquoi l’on parlera pour évoquer les six millions de Juifs assassinés de Yom hashoah vehagevourah – le Jour de la Shoah et de l’héroïsme.

Si les témoins s’en vont, la nouvelle génération se prépare pour les temps difficiles d’aujourd’hui et de demain, et le D.ieu d’Israël Lui-même veille. Il ne dort ni ne sommeille, Il est fidèle, Il n’oublie pas !

« … O Israël ! car tu es mon serviteur ; Je t’ai formé…; Israël, Je ne t’oublierai pas » - Esaïe 44 :21 

Bientôt, ce sera Yom haatsmaout – le Jour de l’Indépendance. Bonne fête Israël !




[1] "La Shoah, c'est notre histoire à tous" - La société israélienne face à la mémoire, avec : Ariella Palacz, "Témoignante" à Yad Vashem  - Roseline Barbé, enseignante - Schlomo Balsam, guide et écrivain.
[2] 130 personnes issus de la Shoah meurent chaque jour dans le monde ! – Israël Magazine Newsletter
[3] Pour la situation des enfants juifs cachés durant la guerre, l’association ALOUMIM a été créée, en 1993. Voir l’excellent article de Suzanne Millet sur le site les « Echos d’Israël »
[4]  « Il fait jour à Jérusalem », collection « témoignage et identité » - Éditions Ivriout

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