Archives pour août, 2019

Comme un tison sauvé du feu

pasteur Gérald Fruhinsholz,
le 21 août 2019
 

Le 18 août, l'on commémorait la libération du Camp de Drancy, triste anniversaire de ce lieu qui fut le principal camp d'internement des Juifs avant leur déportation vers les camps de la mort nazis. Avant Drancy, il y a eu le "Vel d'Hiv", le fameux Vélodrome d'Hiver parisien qui fut également le lieu où furent "parqués" 13.152 Juifs parisiens dont 4.000 enfants

7.000 policiers français "mèneront à bien" cette rafle, la rafle du Vel d'Hiv – une tâche indélébile dans l'histoire de la France. 

Alors que l'on sait que peu reviendront d'Auschwitz, l'histoire de Meïra Barer, un bébé ayant échappé à cet enfer, est intéressante à plus d'un titre – son livre met déjà l'accent sur ces enfants "sauvés" par le hasard ou la Providence, et montre également que parmi les policiers français – il y avait des Justes. Enfin, ce livre parle de ces gens qui bien que n'ayant pas vécu l'enfer de la Shoah, vivent leur vie "à l'ombre" d'une Shoah ayant dévoré toute leur famille, leur identité, leurs racines. Comment se reconstruire après un tel cataclysme, alors que l'on n'a même pas le statut de victime ou "rescapée de la Shoah"… Après tout, Meïra n'a pas vécu l'enfer des camps de la mort. Et pourtant, cette Shoah lui colle toujours à la peau. 

Lisons l'histoire peu commune d'un bébé "comme un tison sauvé du feu" – c'est le combat de Meïra, "la rebelle" – aujourd'hui citoyenne israélienne, engagée notamment dans Aloumim, l'association des enfants cachés en France.


[…] "Contrairement aux enfants plus âgés, j'étais dénuée de la connaissance d'un passé familial, de celle de mes parents, grands-parents et de leurs amis ; je ne possédais pas de souvenirs que j'aurais pu conserver précieusement afin de m'en nourrir et de m'y réchauffer.

Pour moi, il n'y a pas eu « d'avant ». J'ai été directement plongée dans l'inconnu, l'abandon, la solitude et la peur du « pendant » de la guerre. J'ai dû ensuite me confronter seule au silence de « l'après » celui d'une famille traumatisée, ignorant ce qu'est une identité juive heureuse et niant ma souffrance. « Elle était si petite qu'elle ne se souvient de rien » disait-on de moi ; parce qu'à la fin de la guerre, je ne suis encore qu'une toute petite fille, on ajoute: « Elle ne peut pas avoir souffert comme nous ». La rage de ne pas être comprise et Ia rage d'être dénigrée se surajoutèrent à celle d'avoir été abandonnée, et m'ont longtemps poussée vers des comportements d'écorchée.

Rage accrue encore, parce qu'après le vol de ma petite enfance, j'ai évolué, comme de très nombreux anciens Enfants cachés, dans une famille travaillée par des fantômes, une famille décimée où la parole était muselée. Sans que l'on ait eu besoin de me le dire, je savais qu'il était « interdit » de poser des questions. Ma mère avait vécu dans la frayeur et la clandestinité, séparée de ses enfants, elle avait perdu son mari, ses parents, ses frères ; je n'ai compris que beaucoup plus tard qu'elle était, comme moi, cloîtrée dans sa propre souffrance, dans une douleur dont je lui renvoyais le reflet comme si j'en étais le miroir. 

Rage aussi que notre solitude et notre détresse aient été ignorées si longtemps même par ceux qui se targuaient d'être des « spécialistes de la Shoah », comme si notre destin – était d'être occulté ad vitam aeternam. Mais non, ce ne pouvait être le mien ! J'étais et resterai une rebelle. C'est ce qui m'a sauvée quand j'étais bébé, c'est ce qui a continué à me sauver tout au long de ma vie. […] 

(p 143 du livre "Comme un tison sauvé du feu", Ed les 3 colonnes – 17 euros)

 

Israël, le "tison sauvé du feu"

Cette histoire comme celle de tant de Juifs épargnés dans l'histoire du peuple juif, nous place à la fois devant l'ignominie d'hommes capables du pire, mais aussi devant un mystère incroyable, celui du miracle de la renaissance d'Israël. 

Meïra raconte : "C'est en Israël, capitale plurimillénaire de la Terre, au sein de mon Peuple, et de ma Nation retrouvée, que ce récit de mes combats perdus ou gagnés a pu être conté. "Comme un tison sauvé du feu" est une ode à la vie".

il y a un autre mystère, celui-là divin. Meïra a emprunté le titre de son livre à la Bible. C'est le prophète Zacharie qui parle de Josué le sacrificateur qui est ce "tison arraché du feu" (Zach 3:2). Josué se tient devant l'Ange de l'Eternel, avec des vêtements sales, comme des guenilles, c'est Israël d'une époque terrible, un peuple réduit à rien, mis en pièces par des ennemis féroces. L'Ange ordonne alors de revêtir Josué "d'habits de fête" et d'ôter toute opprobre, toute iniquité…  "En un jour" dit la Bible, Dieu rétablira Josué/Israël.

L'Etat hébreu qui fut rétabli le 14 mai 1948 "en un jour", est aujourd'hui une puissance parmi les plus grandes de la planète, et il est devenu une bénédiction pour le monde entier par toute son inventivité, sa technologie, et son énergie bouillonnante. 

 

Meïra est l'un des nombreux témoins juifs de l'Histoire qui résume cette capacité de passer du statut de victime au statut de pionnier au sein d'une nation qui a des projets de Vie. Boris Cyrulnik, neuro-psychiatre français a médiatisé le concept de résilience en psychologie, à partir de l'observation des survivants des camps de concentration capables de se reconstruire – Israël est ce témoin de l'Histoire ayant pu traverser les siècles malgré les pogroms, l'Inquisition, et la Shoah quand tous les autres peuples ont disparu… Et dans cette Histoire que la Bible rapporte, Dieu est infiniment présent – le Dieu Créateur de l'Humanité déroule Son plan de Rédemption et de Paix pour tous les hommes. La souffrance et la mort font partie de cette Histoire, mais au bout du compte, c'est la Vie qui triomphe.

L'ouvrage de Meïra Barer n'est pas seulement une biographie, c'est un livre de vie… et de combat – "contre l'antisémitisme, l'Islamisme" et la bêtise humaine. Meïra est une vraie fille d'Israël, combattant toutes les idées fausses et la désinformation pour avertir la prochaine génération : "Je réalise ma chance. Je suis à même d'agir, je fais partie d'une Nation qui se bat…, je ne me sens pas une victime sans défense ; je suis cependant inquiète pour mes enfants et petits-enfants qui vivent à Paris, et je suis ébahie par l'inconscience de l'Europe devant le péril (islamique)"… (p.178)

Merci Meïra, pour cette "ode à la vie"

 

 

Il y a 14 ans, un autre « Tisha be’Av »…

pasteur Gérald Fruhinsholz
le 08 août 2019
 

C'est à l'occasion de la Dédicace du livre de Gisèle Kling (1) qu'a été évoqué à nouveau le GOUSH KATIF – la terrible tragédie de l'expulsion (en hébreu, Gueroush) des 8.800 pionniers juifs (1.500 familles) qui avaient fait de la Bande de sable de Gaza un véritable paradis. Pour cette Expulsion, la date de "Tisha be'Av", le 9 du mois de Av – le 14 août 2005, a été choisie ! 

Il n'y a pas de hasard…

– Sarah (20 ans à l'époque), la fille cadette de Gisèle, écrivait en avril 2005 sur la vie au "Goush" : "Il y a 3800 ans, le père de la nation juive, Abraham, foula de ses pieds cette partie d'Israël qu'on appelle le Goush Katif. Et depuis ce temps, des Juifs ont toujours habité ici, jusqu'à ce que l'endroit soit détruit, et rendu désert…  

Celui qui n'a pas vu les paysages du Goush Katif, qui n'a pas eu le souffle coupé face à ces plages interminables, ces palmiers innombrables, ces dunes dorées et ces couchers de soleil dans la mer infinie, n'a jamais rien vu de beau…

Dans cette petite parcelle de terre, nous avons eu le mérite de vivre en microcosme la renaissance de l'Etat hébreu. Pendant que nos voisins trempaient leurs mains dans le sang, nous, nous les trempions dans le sable, et voilà qu'aujourd'hui, on veut nous couper de cette terre, de notre terre, de nos racines, de nos paysages magiques, de nos souvenirs, de notre entourage…

– Non, je n'abandonnerai pas ma maison face à la mer, sachant que demain, de mon salon, on projettera le prochain attentat. – Non, je n'abandonnerai pas ma maison face à la mer, car si je l'abandonnais, elle servirait de lieu de rassemblement aux terroristes, qui auront une meilleure vue sur Askhelon, Sdérot, et elle sera une base pour le prochain lancement de roquettes." (p 347)

 

Un paradis transformé en enfer

Les craintes de Sarah se sont hélas révélées fondées. Aujourd'hui, Gaza est devenue un repaire de terroristes, un cheval de Troie au coeur d'Israël, portant la terreur dans les villages israéliens du sud avec les tunnels, les roquettes ou les ballons incendiaires, et rendant misérable la vie de deux millions de Gazaouites qui ne voient pas leur vie s'améliorer malgré les dizaines de millions de dollars investis par un Occident aveugle et criminel. Non seulement le Retrait de Gaza n'a pas apporté la paix, mais cela a renforcé la violence (en hébreu = "Hamas") et attisé le conflit avec Israël. De plus, aujourd'hui avec l'aide de l'Iran et du Djihad islamique, les terroristes du Hamas peuvent atteindre les grandes villes d'Israël avec des missiles de plus en plus perfectionnés.

 

Le "9 'Av", la date maudite

La destruction des deux Temples (en – 587 avec Nebucanetsar, et en 70 avec Titus) s'est produite un "9 Av". Les Juifs ont été chassés d'Angleterre un "9 Av" en 1290, l'Espagne a chassé les siens un "9 Av", en 1492. 

L'Expulsion des pionniers juifs du Goush Katif le "9 Av" 2005 est unique : des Juifs ont été chassés par d'autres Juifs !…

Lorsque récemment nous avons vu une vidéo dans un musée  du Goush Katif, Sophie et moi étions en pleurs, et j'eus cette terrible pensée à l'esprit comme venant de Dieu : "C'est encore la destruction du Temple !". 

Nous ne mesurons pas l'importance de ce drame que les médias ont banalisé ("démantèlement de 21 colonies israéliennes…"). La destruction des 21 localités juives dans le Goush, des 38 synagogues, des 3 lycées et 6 yeshivot, des 33 jardins d'enfants, etc…, c'est une image du "Temple" détruit.

 

Des conséquences incalculables

Les frais occasionnés par ce "Retrait" a dépassé de trois fois le montant initial : il a coûté 13 milliards de shekels à Israël. "Fin 2012, alors que la plupart des familles auraient dû être ré-installées, le gouvernement avait déjà dépensé 3 milliards d'indemnisation… Plus de 11 ans après leur expulsion, 29 % des Israéliens expulsés du Goush Katif sont encore dans des logements provisoires (180 familles)… 14 % sont encore sans emploi" (p.382).

La destruction du Goush a été une grande perte pour le pays. "L'économie du Goush, essentiellement agricole représentait 10 % de la production totale d'Israël, 65 % de la production de légumes bio (sans ver ni insecte). Les agriculteurs ont mis en place tout un système de serres et de cultures dans le sable. C'est le miracle du Goush. Les Arabes de la région n'en revenaient pas – Comment avez-vous fait pour faire fleurir une terre si aride, si ingrate… ?"

(p.333) "Lors de l'inauguration du premier Yishouv Netzer Hazani, le Moukhtar (leader musulman) de Dir El Ballah est venu bénir l'arrivée des habitants par ces propos : Nous avons l'habitude d'appeler cet endroit "l'endroit maudit" car rien n'y pousse. Mais je sais que cet endroit vous appartient, et je suis certain que vous allez le transformer en un lieu florissant. Et ainsi s'est réalisée la prophétie : "Alors les peuples diront : Regardez le bien que D-ieu leur fait" […]

Il faut également comptabiliser les dégâts humains : 60 % des familles ont éclaté, des jeunes ont perdu la foi en Dieu, en Tsahal, en Israël…  Ce traumatisme a touché toute une génération.

 

Un Dieu d'espérance et de consolation

Il ne nous appartient pas de juger qui que ce soit, même si Ariel Sharon était le bras exécutif de cette décision arbitraire. Cette décision est avant tout le fait 1) des attentats quotidiens et sanglants du terrorisme arabe (lire le livre pour comprendre l'angoisse vécue "à chaud" mais aussi les miracles…), et 2) de la pression des nations pour une prétendue "Paix", suite aux Accords d'Oslo.

Le côté positif aujourd'hui est que ces "Accords" sont révolus (le concept de "la paix contre la terre" a été une vraie malédiction), ensuite qu'une nouvelle expulsion ne se reproduira plus, et enfin que l'idée d'une "terre pour deux Etats" n'est pas crédible.

Le Rav Elie Kling, beau-frère de Gisèle, a partagé une parole juste lors de la Dédicace, disant (en substance) : "Nous savons que la Gueoula (la Délivrance, la venue du Messie) est proche, nous savons que nous sommes dans la bonne direction, mais sur cette route, il peut y avoir encore des zones d'ombre, des retraits, des échecs… Cela ne doit pas nous décourager, et que chacun prenne sa part de responsabilité pour faire avancer les choses". Parole de sagesse…

On doit également relire les prophètes pour y trouver l'espérance – Esaïe (51:3-5) : « Ainsi l'Eternel a pitié de Sion, Il a pitié de toutes ses ruines ; Il rendra son désert semblable à un Eden, et sa terre aride à un jardin de l'Eternel. La joie et l'allégresse se trouveront au milieu d'elle, les actions de grâces et le chant des cantiques. Mon peuple, Israël, sois attentif ! Ma nation, prête-moi l'oreille ! Car la Torah sortira de moi, et J'établirai ma Torah pour être la lumière des peuples. Ma justice est proche, mon salut va paraître, et mes bras jugeront les peuples ».

De même, Zacharie (8:19) qui prédit que le jeûne du 5e mois (Tisha be'Av) et autres jeûnes "se changeront pour la maison de Jacob en jours d'allégresse et de joie, en fêtes de réjouissances".

Gérald & Sophie
Arrivés en Israël le 17 août 2005
 
(1) "Les petites histoires qui font la grande Histoire", ou Mon journal du gueroush du Goush Katif.
Gisèle Kling a ressenti le besoin d'écrire un journal entre le 6 et le 18 août 2005 relatant le vécu des habitants israéliens du Goush Katif dont sa famille faisait partie. C'est la première oeuvre littéraire en Français, concernant ces événements dramatiques.
 
Pour en savoir davantage sur le drame du Goush Katif, outre le musée existant à Nitzan, il existe un "Musée du Goush Katif" à Jérusalem, non loin du shouk Mahané Yehouda.